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André Ravéreau

La Maison de l'Architecture de Franche-Comté organise une exposition sur l'architecte André Ravéreau à Besançon, pour le centenaire de sa naissance (1919-2017). Les notions défendues sont l'utilisation des ressources disponibles, l'architecture au service des usagers, l'importance de la relation entre le bâtiment et son site. Comment A. Ravéreau a t'il développé ces sujets aujourd'hui au cœur de l'architecture contemporaine ?

"L'architecture située" : cette notion développée par A. Ravéreau englobe son architecture au service de ses habitants, du lieu, des ressources disponibles. Ce sont les fondements de l'architecture bioclimatique qui ont été posés. En effet, une attention particulière est portée sur l'utilisation intelligente des phénomènes de déplacement d'air ou d'énergie solaire. Par exemple, l'invention du "mur masque" (cf illustration) utilise l'énergie solaire pour chauffer le mur extérieur. L'air emprisonné entre les deux murs se réchauffe, et cherche à s'échapper vers le haut. Un appel d'air est ainsi généré et vient rafraîchir la personne située en dessous.
Formé aux Beaux-Arts après la deuxième guerre mondiale, A. Ravéreau remet en cause cette formation jugée trop codifiée et portée sur la façade uniquement. Lors d'un voyage en Algérie, dans la vallée du M'zab, il prend conscience de l'importance de la relation entre l'architecture et le site. Ainsi, lorsqu'il retourne à Limoges effectuer son diplôme, il ne prend pas comme sujet une bâtiment du M'zab, mais une architecture vernaculaire du Limousin pour respecter la logique de son "architecture située".
Son parcours - partir en Algérie pour éviter les contraintes françaises trop élevées - rappelle un certain Fernand Pouillon, lui aussi parti construire en Algérie. Ces deux architectes ne se portaient pourtant pas mutuellement dans leurs cœurs : A. Ravéreau a fait interdire la construction d'un hôtel de Pouillon car les chambres donnaient sur les terrasses de la villes, terrasses servants aux femmes à se retrouver en toute intimité !
La pensée de Ravéreau peut être découverte dans son livre "Le M'zab, une leçon d'architecture".
Pour clore cet article, voici une citation d'A. Ravéreau illustrant son désir d'authenticité : "Le fait de cacher la structure coupe de la relation directe avec la connaissance. Celle-ci devient ésotérique, dévolue à des initiés. Peu à peu, la connaissance du geste juste se perd. On reproduit alors une image par convention."
Source photo : Association Aladar.

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Architecture

Charpente sur une passerelle

À proximité de Neuchâtel, en Suisse française, se trouve cette passerelle extérieure couverte d'une charpente ancienne. Tous les éléments sont apparents, depuis les poteaux jusqu'aux tuiles et sa technique de mise en œuvre peut ainsi être observée... et apparaître étonnamment contemporaine. Quels sont les éléments permettant une comparaison avec les charpentes industrielles ?

Si nous nous attardons sur cette charpente, ce n'est pas uniquement pour le charme qu'elle dégage. En effet, elle est construite de manière particulière.

Aujourd'hui, les charpentes "traditionnelles" sont construites avec trois types de pannes (poutres structurelles dans le sens de la longueur).
- Tout d'abord, les pannes "sablières" : ce sont les pannes proches du bas de la toiture. Sur cette charpente, elles sont présentes : ce sont celles qui s'appuient sur les poteaux. Elles permettent aux chevrons (poutres perpendiculaires au sens de la longueur) d'avoir un appui.
- Ensuite, les pannes "intermédiaires". Cette panne, parallèle à la panne sablière, est présente sur cette charpente : elle permet aux chevrons de trouver un point d'appui intermédiaire. Sans elle, le chevron doit avoir une portée et donc une section très importantes !
- Enfin, la panne "faîtière" : c'est la panne située au sommet de la toiture (à son faîtage). Cette panne est au charpentier ce que la clef de voûte est au tailleur de pierre : celle qui permet à la matière d'aller se suspendre en hauteur. C'est l'objectif de tous ces efforts dépensés dans l'acte de construire. C'est là que se trouve la noblesse de l'édifice : l'intelligence permet d'élever la matière afin de couvrir une surface pour la protéger, la rendre plus confortable à vivre.

Ce qui rend cette charpente particulière, c'est l'absence de la panne faîtière. Au lieu de se reposer sur une panne (d'une section importante), les chevrons sont encastrés au faîtage à l'aide des éléments triangulaires visibles sur la photo. Cette technique rappelle ainsi les charpentes industrielles contemporaines... Mais avec une mise en œuvre réalisée avant l'heure !

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Technique

Ornans

La célèbre toile de G. Courbet "Un enterrement à Ornans" laisse présager une commune plutôt triste. Or, c'est au contraire une petite Venise que l'on trouve aux pieds du Jura ! Qu'a donc assuré la postérité de cette peinture ?

Le tableau de G. Courbet a fait couler beaucoup d'encre lorsqu'il a été présenté. Aujourd'hui nous pouvons nous demander pourquoi, puisqu'il ne semble pas extrêmement clivant... Pourtant, peint au milieu du XIXe siècle, il présente quelque chose d'inédit à l'époque : le quotidien. En effet, mettre l'art du peintre à contribution d'une scène aussi "banale" qu'un enterrement, représentant des "gens normaux" est symboliquement fort. Par cette toile, Courbet indique que la peinture n'est plus au service de la bourgeoisie dominante. Le réalisme naît ainsi et son objectif premier n'est pas de décrire le réel mais plutôt d'imposer une nouvelle réalité : les luttes sociales, les difficultés de la vie quotidienne.

Aujourd'hui, la commune d'Ornans peut-elle encore être le vecteur d'une révolution de la réalité ? Oui, celle de la quiétude qui se dégage de ces lieux ! Les petites venelles débouchant sur la Loue - le cours d'eau - laissent apparaître des façades plongeantes hétéroclites mais composant un ensemble harmonieux. C'est donc une réalité très éloignée d'un enterrement que l'on peut rencontrer ici. Elle mérite elle aussi d'être mise en valeur !

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Art (histoire)

Les 3 platanes

Atelier d'artistes et d'artisans situé à Nyons, dans la Drôme provençale, cet établissement recevant du public (ERP) est constitué de plusieurs bâtiments répartis autour d'un cour extérieure. Un cheminement extérieur peut-il être profitable ?

Autour des trois platanes se situent trois ateliers/boutiques. Pour le maître d'ouvrage, cela signifie avoir une capacité d'accueil du public importante. Or, plus cette capacité d'accueil est grande, plus les règles de sécurité incendie sont strictes. Le classement fonctionne par paliers définissant des catégories : de la catégorie 1 (plus de 1.500 personnes) à la catégorie 5 (mois de 100 ou 200 personnes suivant le type d'établissement). Ici, la capacité d'accueil des trois boutiques faisait passer l'établissement en catégorie 4, ce qui est beaucoup plus contraignant que la catégorie 5 ! Finalement, une règle importante et logique indique que ces établissements sont considérés comme distincts lorsqu'ils sont éloignés de plus de 5 mètres : les effectifs sont donc propre à chaque bâtiment.

En écho à cette règle de sécurité incendie, les circulations extérieures méritent d'être plus largement envisagées ! Un inconfort thermique peut exister, mais la proximité avec la température "naturelle" peut aussi être recherchée. De plus, lorsque la protection contre les intempéries est étudiées, un cheminement extérieur peut être agréable pour relier deux espaces. Si le confort thermique à l'intérieur des bâtiments est confortable, transiter de l'un à l'autre devient une balade, un instant à part !

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Architecture

Isoler en paille

Tout le monde a lu les trois petits cochons et construire en paille ne semble pas être une bonne idée. Ici, un test a été effectué sur un abri à tortue. Si la paille n'est pas utilisée comme élément structurel, pourquoi ne pas l'utiliser comme isolant ?

La paille s'utilise quasi-systématiquement en isolation, avec une structure en bois. Naturel et peu transformé, cet isolant s'inscrit dans une logique d'utilisation de matériau peu transformé. La paille est abondante, autant l'utiliser pour isoler nos bâtiments ! Un des principaux obstacles réside dans l'idée que la paille est sensible au feu. Cependant, des tests ont été réalisés en France : une façade en bois et en paille a été classée conforme aux exigences de la résistance au feu par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) en 2009. En Allemagne, une façade en paille avec enduit terre a été testée et classée équivalent M1 (matériau non inflammable) et F 90 (résistant 90 minutes) par le laboratoire MPA Braunschweig en 2010. Ces résultats proviennent de la densité des bottes de paille : une absence d'oxygène induit une absence de feu. D'autre part, un enduit terre permet d'abaisser l'inflammabilité.

L'isolation en paille ne demande pas de connaissances techniques importantes, mais une main d'oeuvre conséquente. Il est nécessaire de monter la structure en bois, si nécessaire par un charpentier : ensuite, les bottes de pailles viennent remplir les murs. Elle est donc aujourd'hui particulièrement destinée à l'autoconstruction.
Cependant, une autre technique peut être utilisée : celle du caisson (cf photo). Cette technique présente l'avantage de pouvoir être préfabriquée en atelier et assemblée sur le chantier. Une mise en oeuvre professionnelle est ainsi rendue possible.

Pour revenir à l'abri à tortue, l'isolation en paille semble très bien fonctionner : l'occupante n'en sort plus... Ce qui présente un autre problème, mais qui ne sera pas traité dans ce billet !

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Technique

Chien assis

L'apparence d'une toiture est lourdement impactée avec la création d'un chien assis. Est-il préférable d'utiliser les matériaux existants ou contemporains ?

La question des matériaux utilisés mène à s'interroger sur la forme et des lignes de ce nouveau chien assis. La première réponse est d'utiliser les mêmes tuiles que celles existantes, et de jouer sur un intégration maximale : mêmes proportions verticales de fenêtres, pente de toit la plus importante possible (ici, 20%), tuiles en couverture et en bardage. La deuxième option est de réaliser un chien assis entièrement en zinc, avec des lignes plus contemporaines qui accompagnent ce matériau : fenêtre en bandeau, acrotère continu, pente de toiture faible (ici, 5%).

Ces deux options illustrent le choix à effectuer face à un bâtiment existant : les lignes contemporaines ne sont pas forcément en contradiction avec la notion de "respect de l'existant".

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Architecture

Le volume d'un comble

L'aménagement d'un comble peut se représenter à travers un plan. Cependant, ce dernier ne permet pas d'exprimer le volume dans sa complexité, puisque les toitures sont en pentes. Comment faire comprendre l'espace projeté au Maître d'Ouvrage ?

L'aménagement d'un comble est intéressant lorsqu'il permet de profiter de volumes peu habituels, avec une hauteur sous plafond inférieure à 1,50m. Une fois l'aménagement réalisé, il faut donc le représenter pour se rendre compte du rendu final.

Pour avoir une vue globale des espaces, une maquette blanche a été dessinée en 3D. Les tuiles et les poutres secondaires (liteaux, chevrons) ont été masqués et une vue par dessus a ensuite été réalisée.
Cependant, les volumes ainsi dessinés sont encore difficile à percevoir.

Des textures ont donc été ajoutées avec un travail en 2D, à l'aide de grands aplats. En effet, la couleur peut rapidement parasiter le dessin; elle est ici utilisée pour aider l’œil à se représenter les volumes. Elle est donc appliquée par aplats pour ne pas envoyer des informations et des détails inutiles : le volume est déjà dessiné, il s'agit de "l'expliquer". Des couleurs légères sont appliquées sur les zones ombrées et des couleurs très sombres et contrastées sont appliquées sur les petites zones telles que les têtes des murs coupés pour appuyer l'effet de profondeur.

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Architecture

Les pieds dans la marche

Le problème dans les escaliers avec une marche ou deux, c'est qu'on peut facilement trébucher. Comment faire pour palier à ce problème sans dénaturer ces escaliers ?

Si la solution ultime est de supprimer la marche, l'escalier perd alors de son intérêt... Cependant, certaines marches peuvent être mieux signalées que d'autres.
Sur cette photo, devant la première marche, le sol est composé d'une pierre très blanche, juste devant la marche construite en pierre sombre. C'est cette différence visuelle qui attire l'œil et permet d'annoncer le danger que représente cette marche.
Ce dispositif de contraste visuel est connu et est décrit dans le règlement d'accessibilité pour les personnes à mobilité réduites. Cependant, il est souvent exécuté avec une bande de plastique blanc, qui se décolle fréquemment. Ici, le principe fonctionne tout en étant respectueux de l'existant et en s'intègrent parfaitement dans son environnement : il est donc possible de répondre à ces deux demandes.

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Architecture

La hmonp !

Derrière cet acronyme barbare, la possibilité de signer des plans en nom propre... Comment ça se passe au fait, une "habilitation à la maîtrise d'œuvre en nom propre"?

Au commencement, il y a le lycéen, qui a comme idée de faire architecture. Pourquoi ? Parfois parce qu'il a beaucoup joué aux Sims, parfois parceque son père est architecte ou maçon, parfois -dans mon cas par exemple- parceque c'est soit ça, soit prépa maths. Ensuite, il cherche à entrer dans une école. Comment la sélection s'effectue ? Chaque école a sa méthode : certains sont plutôt "littéraires géniaux" où il faut avoir plus de 16 au bac de français à Lyon, d'autres sont plutôt "égalité des chances" et louent le palais des sports à Grenoble pour que tous les prétendants puissent passer le concours d'entrée, d'autres encore se disent "tout le monde veut venir chez nous alors organisons nos concours le même jours pour limiter les candidats" à Paris et région parisienne.

Une fois sélectionné par un heureux concours de circonstances plutôt opaque et avec peu de logique apparente, le jeune étudiant architecte découvre ce qu'il doit effectuer pour valider ses années : dessiner en acceptant de ne pas comprendre le système de notation. Au diable la logique, vive les notations subjectives ! Mais après tout, lorsque l'architecte présente un projet, le choix ne se fait pas souvent sur des arguments objectifs.
Une fois qu'il a, une à une, validé ces cinq longues années, il obtient son "dea", diplôme d'état d'architecte. Sauf qu'il ne lui permet d'être architecte que de nom : impossible d'en faire son activité. Une chose est alors permise : postuler à la hmonp. Commence une longue recherche d'une agence acceptant de faire travailler un architecte, en sachant qu'il ira suivre des formations un cinquième du temps. Si ces formations sont obligatoires et font l'objet d'épreuves à valider pour avoir le diplôme visé, l'agence qui l'a recruté considère -bien évidemment- que c'est des vacances, et que le travail de cinq jours doit donc être effectué en quatre.
Une fois que cet individu arrive au terme de ce contrat souvent peu avantageux, il doit écrire un mémoire. Ce mémoire ne doit absolument pas être un résumé de son expérience en agence, mais doit être basé sur une problématique exprimant la maturité qu'il a pu acquérir "au regard de l'expérience qu'il a effectué".
Une fois ce casse tête français résolu, non sans peine, arrive le coup de marteau final : la soutenance. La soutenance, ce n'est surtout pas la présentation du mémoire, mais le jury va l'interroger dessus. Ce n'est surtout pas un rapport de stage, mais le jury va juger de cette expérience. La soutenance, c'est cinq personnes qui jugent cet individu sur sa capacité à être architecte au quotidien en se basant sur une prestation en vingt minutes.

Au final, l'impression d'avoir passé toutes ces épreuves offre peut être ce qui est le plus important pour un architecte : savoir tenir un projet sur la longueur, en surmontant les moments de découragement. Et c'est peut être ça, le bijoux de ces études !

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Études

La citadelle de Besançon

Perchée en haut de sa montagne, la citadelle de Besançon est un exemple d'intégration dans le paysage. Mais Vauban avait-il cet objectif en tête ?

Cette citadelle, tout le monde l'apprécie, personne n'ose la déprécier. Et en effet, elle est belle et s'intègre parfaitement dans le paysage. Pourtant, elle a été construite pour quelque chose de laid : la guerre. Elle a été commandée dans l'objectif d’asseoir le pouvoir déjà absolu d'un despote. Donc, en tout logique, elle devrait nous transmettre ces notions désagréables d'abus de pouvoir et de mort. C'est le contraire qui se passe...
Aujourd'hui, les architectes sont obligés par la loi de veiller à l'intégration des bâtiments dans le paysage. Pourtant, ce n'est pas toujours le cas et c'est rarement aussi bien réalisé que cette citadelle. Alors, comment faire pour que tous les bâtiments aient cette même qualité ? Un retour à la monarchie absolue ? Une solution moins tranchée serait la bienvenue...
Une piste serait de dire que la citadelle s'intègre dans le paysage car elle lui répond : les falaises sont utilisées comme murailles naturelles et le bâti est donc dans ce prolongement. Les difficultés techniques pour construire très haut incitent à suivre les lignes de topographies, les matérialiser et les révéler.
Il faut donc un retour aux techniques anciennes ? Il est peu concevable de ne pas utiliser les techniques de constructions contemporaines efficaces pour obliger le bâtiment à s'insérer dans le paysage. Aujourd'hui, le bâtiment doit donc être particulièrement attentif au dialogue avec l'existant, car l'être humain a désormais les capacité techniques de tout nier en bloc et de construire son objet autonome et détaché de la nature... Et très souvent, il le fait !

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Architecture

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